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« Belgium4Assange » est  composé de quelques personnes parmi lesquelles : Lieven De Cauter, Marie-France Deprez (du comité Free Assange), Vincent Engel (écrivain, professeur à l’UCLouvain), Vasantha Fagard, Christophe Marchand (avocat), Marc Molitor (journaliste), Delphine Noels (réalisatrice), Pascale Vielle (professeure à lUCLouvain), ainsi que de l’association Carta Academica. Belgium4Assange œuvre pour la défense de la liberté dexpression et le droit à linformation.

Contact : cartaacademica@gmail.com

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DOSSIER SUÉDOIS

Julian Assange serait un dangereux pervers sexuel…

RUSSIAGATE

Julian Assange aurait collaboré avec Poutine pour favoriser l’élection de Donald Trump…

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DOMMAGES HUMAINS

À la suite des révélations de Wikileaks en 2010, des informateurs et des innocents auraient été assassinés…

Le « Russiagate »

 

Un certain nombre de gens émettent des réserves sur le rôle que Wikileaks aurait joué dans les élections américaines présidentielles de 2016. En publiant pendant la campagne, de juillet à novembre 2016, des documents volés par des hackers au parti démocrate, Wikileaks et Assange aurait joué un rôle important sinon déterminant dans la défaite d’Hillary Clinton et, du coup, dans le succès de Donald Trump.  Assange aurait été en contact avec des gens de la campagne Trump ou proches de ce dernier. Comme des hackers russes proches des services russes auraient été les responsables du piratage c’est aussi d’une collusion avec eux qui est reprochée à Wikileaks. Quelques commentaires s’imposent sur ces allégations

  • Rappelons que ce dossier n’est absolument pas présent dans la requête d’extradition des Etats-Unis à l’encontre d’Assange. Il ne fait l’objet d’aucune poursuite à ce sujet. 

  • Saisi, le juge new-yorkais a rejeté les accusations du parti démocrate à l’encontre d’Assange. Wikileaks n’a pas participé au piratage des ordinateurs du parti. Il a légalement et légitimement, comme organe de presse, publié les informations qu’il a reçues, même si celles-ci ont été le fruit d’un hacking. D’autres médias les ont publiées aussi.

  • L’enquête du procureur Mueller, lacunaire à certains égards, identifie les auteurs du piratage comme étant des services russes. Elle n’a cependant jamais entendu Assange qui était prêt à déposer à cet égard et ne dévoile pas ses sources. 

  • Assange a eu des contacts avec des personnes de l’entourage de Trump comme il en a eu avec de nombreux autres de tous bords. On lui a même inventé des rencontres fictives avec des personnes transmettant des informations qui auraient pu être celles des russes.   Il avait en juillet 2016 annoncé publiquement un calendrier de diffusion de ses informations, avant que des proches (douteux) de Trump s’en emparent et affirment avoir disposé d’informations privilégiées à cet égard (les intermédiaires et déclarations de deuxième et troisième main se multiplient décidément dans ce dossier…). On peut ne pas apprécier, évidemment, mais il n’y a pas matière à complot de Wikileaks là-dedans. En tout cas, les affirmations selon lesquelles une des vagues de révélations de WL a été faite le jour même où éclatait le scandale des déclarations de Trump sur son image de la femme, et cela pour faire oublier ce scandale, sont fausses, comme l’a expliqué la journaliste Stefania Maurizi de la Repubblica.

  • Les effets des révélations de Wikileaks sur les élections ne sont en rien prouvés (comment le faire, d’ailleurs ?) ou semblent surestimés. Hillary clinton avait tout de même trois millions de voix d’avance sur Trump, c’est la mécanique électorale américaine qui lui a permis d’emporter une élection que certains observateurs affûtés lui promettaient, bien avant les révélations de Wikileaks. Aucune étude n’a vraiment fourni de résultats et d’analyse permettant d’évaluer l’effet des révélations de Wikileaks. 

  • Se focaliser sur Wikileaks fait oublier la curieuse décision du directeur du FBI d’alors, James Comey, de rouvrir l’enquête sur l’affaire de la messagerie d’Hilary Clinton (rien à voir avec Wikileaks) à 10 jours de l’élection, avant de la clôturer sans suite une semaine après… 

  • Il y a emails et emails… Pas mal de gens font la confusion entre l’affaire de la messagerie privée d’Hillary Clinton et les révélations de Wikileaks. L’affaire de sa messagerie privée est sans doute ce qui a le plus coûté à la candidate. Elle a donc utilisé, pendant des années où elle était secrétaire d’État, une messagerie privée, à l’encontre des règles prescrites par le gouvernement, et malgré plusieurs avertissements. Et lorsque le Congrès a ouvert une enquête à ce sujet, et que le FBI lui a demandé copie de son serveur privé, elle a mis beaucoup de temps à fournir cette copie, qu’elle a expurgé de 30 000 mails qu’elle disait être « privés » (la même messagerie était utilisée à des fins privées, à celles de la fondation Clinton, et à celle de son rôle de secrétaire d’état). Elle a ainsi offert à Trump un bâton pour la battre puisque sans vergogne le candidat républicain l’accusait de cacher des choses. Car ce qui a surtout desservi Clinton, c’est cette purge et les manœuvres de retardement et d’entrave à l’enquête (voir également ici).

  • Se focaliser sur  Wikileaks fait oublier les énormes manipulations des réseaux sociaux par le camp Trump grâce aux informations obtenues de Facebook sur les profils de 50 millions d’utilisateurs … Mais devant quel tribunal est donc Mark Zuckerberg aujourd’hui ? Et tous ceux de Cambridge Analytica et de boîtes associées qui sont intervenues de cette façon dans la campagne du Brexit ou dans les élections brésiliennes ? 

  • On parle très peu finalement du contenu de ces emails. Ils ne semblent pas aussi explosifs qu’on ne le dit. La majorité des faits gênants qui pouvaient en ressortir pour Clinton étaient en général déjà abordés par la presse américaine. 

  • Pour ceux qui estiment que Wikileaks est marqué par l’anti-américanisme, il n’est pas inutile de rappeler que dans ses premiers rapports de 2008 contenant des propositions de détruire Wikileaks de différentes façons, les services de renseignement américains expliquent que le but affiché de Wikileaks est « de dévoiler les pratiques non éthiques, illégales, la corruption d’entreprises et les régimes oppresseurs en Asie, de l’ancien bloc soviétique, de la Chine, de l’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient… Les gouvernements de Chine, de Russie, d’Israel, de Corée du Nord, de Thaïlande, du Zimbabwe et d’autres pays ont bloqué les accès à Wikileaks et veulent enquêter et poursuivre le site » et tous ceux qui l’alimentent, écrivent les services américains (voir ici).

  • Autre allégation, il a même été fait reproche à Assange de promouvoir l’indépendance catalane, et que son analyse ait été abondamment reprise par des médias russes. Assange n’a pas non plus appelé à l’indépendance de la Catalogne, tout au plus a-t-il appelé à respecter le choix des Catalans, sans pour autant aborder la question séparatiste, et à qualifier, comme de nombreux organes de presse, la réaction espagnole au référendum de « répression ». Quant à une éventuelle instrumentalisation par la Russie, un sort a été fait à cette idée avancée notamment par un journaliste espagnol, licencié depuis d’El Païs, membre de l’Atlantic Council, organisme dévolu à la défense d’un axe atlantiste solide et éternel et qui aujourd’hui voit partout la main de la Russie (voir ici).