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WIKILEAKS EN 2 MOTS

Quelle est cette association créée par Julian Assange ?

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LES PRINCIPAUX DOSSIERS RÉVÉLÉS

Grâce à Wikileaks, de nombreux dossiers ont été rendus publics, et la presse a contribué à diffuser l'information

UN ORGANE DE PRESSE

Wikileaks est et doit être considéré comme un organe de presse à part entière

Wikileaks est un organe de presse

Il faut clarifier le statut de Julian Assange et de Wikileaks. Wikileaks et Assange ne sont pas comme tels des lanceurs d’alerte. Assange est cofondateur et éditeur de Wikileaks. 

Wikileaks est un site créé pour permettre de sécuriser l’activité essentielle des lanceurs d’alertes, dont il garantit l’anonymat en cas de dépôt de documents. Il constitue un rempart contre les activités illégitimes ou illégales des pouvoirs étatiques et économiques. De nombreux médias ont repris en partie sa méthode.  

Même s’il ne constitue pas un média d’information au sens classique, avec une rédaction étoffée qui traite le fond des dossiers, le site a joué un rôle important dans la redéfinition permanente des médias dans un univers bouleversé par le numérique. Il agit surtout comme une agence de presse d’un nouveau genre, fournissant des dossiers bruts d’informations et de données que beaucoup de médias et de groupes de citoyens sont ensuite amenés à approfondir. 

Wikileaks est donc un organe en quelque sorte intermédiaire entre les lanceurs d’alerte et la presse. Ce travail l’amène à partager avec les organes de presse et le public des informations révélées de manière anonyme, sécurisée et fiable ; à ce titre, les collaborateurs de Wikileaks sont définis dans tout état de droit démocratique comme éditeurs et journalistes. Wikileaks se caractérise notamment par sa politique de publier de nombreux documents dans leur intégralité, après en avoir vérifié la véracité et l’intérêt public. 

Ce modèle de media d’information ainsi conçu n’est évidemment pas, comme tout autre d’ailleurs, à l’abri d’erreurs, de limites, de défauts (comme nous le rappelons ci-dessus). Une rédaction réduite ne permet pas d’approfondir elle-même et d’analyser tous les documents publiés. Elle doit aussi déjouer toutes les tentatives de manipulation de ceux qui livreraient des informations en étant animés par d’autres motivations que la vérité ou la transparence. Et la transparence totale est une affaire controversée. Mais le bilan à ce jour de Wikileaks est très largement positif en termes d’information pour et d’appropriation par les citoyens, d’enjeux que les différents pouvoirs – économiques, financiers, politiques autoritaires –, ont tendance à occulter. D’ailleurs de nombreux médias ont en partie suivi le modèle en créant aussi des circuits anonymisés pour les lanceurs d’alerte.

Mais la définition de Wikileaks comme média d’information est attaquée par l’administration Trump et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Il qualifie Wikileaks de « service non-étatique de renseignement hostile », afin de ne pas appliquer les libertés civiles constitutionnelles américaines ( Premier Amendement de la Constitution sur les libertés de religion, d’expression, de presse, de réunion et de pétition). Un simple statut de lanceur d’alerte ne garantit pas ces protections, et serait bien plus avantageux pour faire taire Assange et Wikileaks, ce qui établirait un dangereux précédent pour le journalisme dans le monde. 

En 2017, les tribunaux britanniques ont reconnu Wikileaks comme un média d’information, et Assange, ainsi que ses collaborateurs, comme des journalistes ou des éditeurs. 

Fin juillet 2019, dans l’affaire de la publication par Wikileaks d’emails du Comité National du parti démocrate et de John Podesta, directeur de campagne d’Hillary Clinton, le juge de la Cour du district sud de New York  a jugé que les informations publiées sur le Comité National Démocratique ont été obtenues en tant que média, « bénéficiant pleinement de la protection la plus forte offerte par le Premier Amendement » (voir ici et ).

La Cour rappelle la décision rendue dans l’affaire des « Pentagon Papers », selon laquelle la presse a le droit de publier des informations d’intérêt public même obtenues illégalement (par un tiers et transmises au media) et, se référant à d’autres précédents, réaffirme à titre subsidiaire, qu’en tout état de cause, la diffusion d’informations même illégalement obtenues ne dissout pas l’immunité offerte par le Premier Amendement. Il est piquant de lire que le DNC (Democratic National Committee) accusait Wikileaks d’avoir publié les informations dont il disposait alors qu’il avait conscience que cela nuirait à la campagne d’Hillary Clinton. Si Wikileaks ne les avait pas publiées, il aurait, au contraire, montré une partialité dans la non-diffusion et dès lors, une prise de position claire dans l’élection. La question peut être posée à de nombreux médias : lequel, recevant de telles informations, ne les aurait pas publiées ?  A noter que d’autres médias ont aussi publié ces documents mais qu’on se focalise sur Wikileaks. 

Les diverses accusations sur les techniques et les degrés d’implication dans l’acquisition d’informations sensibles, ont pour but de modifier le statut de Wikileaks et d’incriminer Assange pour des actions essentielles à l’activité de journaliste.

Il est dramatique que plusieurs grands acteurs et/ou pays – ici le plus puissant d’entre eux, les USA, mais cela pourrait se multiplier dans l’avenir avec d’autres puissances – puissent se permettre de pourchasser partout dans le monde des fournisseurs d’informations essentielles au grand public pour pouvoir exercer ses droits de citoyen. Cela l’est d’autant plus que, dans la mondialisation actuelle, les informations les plus importantes et pertinentes revêtiront forcément aussi un caractère international croissant, ce qui amène en permanence les acteurs politiques et géostratégiques les plus puissants à déclencher des poursuites tous azimuts, internationales et jouant sur les traités d’extradition.  Aucun de nos médias ne sera donc à l’abri.

 

Il est certes possible que l’issue de ce bras de fer juridique soit positive pour Julian Assange et Wikileaks, mais les chances d’un tel dénouement seront renforcées par votre mobilisation.  Cependant, même en cas de succès, de terribles coups auront déjà été portés à la liberté d’informer. En effet, avant l’issue d’un procès, Julian Assange aura passé des années en détention, et ces derniers temps dans des conditions absolument indignes, dans des quartiers de haute sécurité. En outre il aura été et est encore l’objet de campagnes invraisemblables de dénigrement, de harcèlement, de calomnie et diffamation. Tout ceci est clairement destiné à le briser, alors qu’il résiste encore désespérément avec une énergie qui force l’admiration. 

Mais tout ceci aussi sert clairement d’avertissement et d’intimidation à tous ceux qui voudraient emprunter des voies d’informer similaires. D’abord aux collaborateurs de Wikileaks eux-mêmes, dans le viseur des procureurs américains. Et aussi à ceux qui refusent – pourtant tout à fait légalement – de collaborer aux poursuites américaines, comme le montrent aujourd’hui les sorts infâmes réservés à Chelsea Manning ou Jeremy Hamond, qui refusent de témoigner devant le grand jury américain qui a inculpé Assange : ils sont criblés d’amendes dont le montant s’accroît inexorablement chaque jour qui passe dans leur refus, et ils voient même leur emprisonnement renouvelé ou prolongé à mesure de leur refus.

Enfin, les lanceurs d’alerte eux-mêmes ne peuvent que se sentir encore plus menacés lorsqu’ils constatent que les médias et journalistes qui leur garantissent débouchés et anonymats sont eux-mêmes poursuivis de cette façon. 

Briser Wikileaks, toute entreprise similaire, des éditeurs et journalistes comme Julian Assange et ses proches, dissuader tous ceux qui mènent un travail semblable, à travers tout ce processus, faire taire les lanceurs d’alerte, voilà l’enjeu des poursuites judiciaires et des autres manœuvres à l’encontre de Wikileaks et Julian Assange. On peut ne pas apprécier Assange ou Wikileaks, mais cela ne doit pas empêcher la prise de conscience de l’enjeu essentiel.

© 2020 Belgium4Assange 

« Belgium4Assange » est  composé de quelques personnes parmi lesquelles : Lieven De Cauter, Marie-France Deprez (du comité Free Assange), Vincent Engel (écrivain, professeur à l’UCLouvain), Vasantha Fagard, Christophe Marchand (avocat), Marc Molitor (journaliste), Delphine Noels (réalisatrice), Pascale Vielle (professeure à lUCLouvain), ainsi que de l’association Carta Academica. Belgium4Assange œuvre pour la défense de la liberté dexpression et le droit à linformation.

Contact : cartaacademica@gmail.com